Création Variétale:

Il existe trois façons naturelles de créer ses propres variétés de tomates et de" jouer au créateur dans son jardin", il nous faudra un peu de délicatesse, du bon sens et un soupçon de chance que d'aucuns appelleront le feeling, le karma, la main verte etc...

1.Pollinisation croisée de deux variétés sélectionnées.

fleur emasculeeNous traiterons principalement cette méthode qui est la plus interessante au niveau du jardin d'amateur. 

Plus on choisira des variétés fixées différentes tant à la forme, la couleur, la taille , le goût, plus le résultat pourra etre spectaculaire. Mais il faut raison garder et savoir qu'elle sera la finalité de cette manipulation: s'amuser à créer des" monstres" ou améliorer des variétés existantes. Pour notre exemple nous choisirons une variété A, grosse ayant peu de goût , qui sera le réceptacle (le parent femelle) et une variété B, petite et à goût sucrée, qui fournira le pollen (le parent mâle). Le but de se croisement étant d'obtenir de grosse tomate ayant une saveur sucrée.

On pollinisera la fleur de la variété A lorsque celle-ci sera encore au stade de bouton floral à ce stade on est sur que les anthéres n'ont pas commencés à libérer le pollen. On emascule  le bouton floral afin de dégager le style. A l'aide d'une petite pince on ôte le double cône formé par le tube staminique, cylindre formé par les étamines soudées, et la corolle de pétales enroulée autour des étamines. Il sera peut être nécessaire au préalable d'enlever un pétale pour se faciliter la tâche, l'opération est minutieuse car il faut éviter d 'endommager le pistil ce qui réduirait à néant les chances de succés de l'opération. Le pollen de la variété B, parent mâle, est déposé sur le stigmate de la variété A, parent femelle. Là deux méthodes sont possibles, à l'aide d'un pinceau on transfére le pollen d'une fleur à l'autre ou bien on utilise directement les étamines du parent B. Pour la récolte de pollen on privilégira des fleurs qui viennent juste de s'ouvrir. Dans la mesure du possible on pratiquera toutes ses manipulations par temps calme, sans vent, le matin à la" fraiche". L'emploi de petits sacs de protection est conseillé, même si les fleurs émasculées, dépourvues de leurs étamines et pétales aux couleurs vives, n'attirent plus les insectes. Il est conseillé de supprimer les autres fleurs du bouquet, ceci afin de limiter la concurrence. On notera soigneusement les noms des parents A et B  sur une étiquette que l'on fixera sur le pédoncule de la fleur fécondée. Quelques semaines plus tard si l'opération est un succès, on prélévera les graines du fruit bien mûr. On obtient à ce stade des semences F1.

 

 

pollinisation-manuelleL'année suivante on ressème les graines obtenues et on obtient des plants identiques hybrides F1 présentant un mélange des caractères parentaux (en effet, les parents étant issus de variétés fixées donc homozygotes, les paires de gènes sont identiques) . Le résultat de cette union est fonction du caractère dominant ou récessif des gènes. Pour notre exemple, on obtient 100% de plants donnant des tomates de petite taille au goût sucré, ce qui revient à dire que les gènes responsables du goût sucrée et de la petite taille sont dominants à contrario, les gènes responsables de la saveur fade et de la grosse taille sont récessifs. On récolte les graines des fruits obtenus qui peuvent être qualifiées de F2.

L'année suivante on sème à nouveau les graines F2, et c'est là que tout se complique. On produira le plus grand nombre de plants possibles car les plantes issues de F2 vont manifester une grande diversité de caractéristiques puisque les gènes des parents, maintenant hétérozygotes, s'expriment d'une manière toute différente. C'est à ce moment qu'il faut trier les plants présentant les caractères recherchés et qui seront destinés à être purifiés. En moyenne sur 1000 plants obtenus il y aura, en utilisant notre exemple : 9/16 de plants à petits fruits et de saveur sucrée, 3/16 de plants à gros fruits et de saveur sucrée, 3/16 de plants à petits fruits et à saveur fade et enfin 1/16 de plants à gros fruits et de saveur fade. A ce stade on sélectionne les plants à gros fruits et à saveur sucrée dont on extraira une semence F3.

On ressème l'année suivante les graines F3 qui vont produire des plants F3 .On triera les plants F3 correspondants au plants F2 sélectionnés l'année précédente, pour l'extraction d'une nouvelle semence que l'on nommera F4. Ce processus se poursuivra sur plusieurs années, voire une dizaine, pour obtenir enfin une variété que l'on pourra qualifiée de fixée, c'est à dire se reproduisant à l'identique donc homozygote.  

Ci joint un tableau récapitulatif de l'évolution du pourcentage de gènes homozygotes/gènes hétérozygotes concernés par une hybridation croisée de deux variétés fixées, pour un gène concerné. On notera que le pourcentage de gènes hétérozygotes diminue de 50% à chaque génération suivante.

GENERATION % GENES HETEROZYGOTES % GENES HOMOZYGOTES
F1 100% 0%
F2 50% 50%
F3 25% 75%
F4 12.5% 87.5%
F5 6.3% 93.7%
F6 3.1% 96.8%
F7 1.6% 98.4%
F8 0.8% 99.2%
F9 0.4% 99.6%
F10 0.2% 99.6%
F11 0.1% 99.9%
F12 0.05% 99.95
F13 0.025% 99.975%
F14 0.0125% 99.9875%

 Interprétation génétique:

Conventions typographiques: on nommera le gène responsable de la grosse taille :G (si dominant) g(si récessif); on nommera le gène responsable de la petite taille : P (si dominant) p (si récessif); on nommera le gène responsable de la saveur fruitée : S (si dominant) s (si récessif); on nommera le gène responsable du goût fade : F (si dominant) f (si récessif).

Résultat de la fécondation croisée: 100% tomate petite à saveur sucrée. En supposant que les deux caractéres sont codés par des gènes indépendants (situés sur deux chromosones différents) , que pour chaque gène l'un des aléles est récessif et l'autre dominant, que les parents sont de race pure, donc homozygotes ( ils ont donc des paires de gènes identiques),  ont pourra les identifier les gènes concernés de la manière suivante: Parent mâle,  petite tomate à saveur sucrée: (PP//SS) gène Petit dominant , gène Sucré dominant  -   Parent femelle, grosse tomate saveur fade: (gg//ff) gène gros récessif, gène saveur fade récessif.

Le génotype des hybrides FI  s'écrira de la manière suivante: (Pg//Sf). En F2 on aura a des individus avec 4 phénotypes différents dans les proportions suivantes:

-9/16 de fruit petit et sucré:[P/;S/;] -3/16  de fruit gros et sucré: [g/;S/;] -3/16 de fruit petit et fade: [P/;f/;] -1/16 de fruit gros et fade: [P/;f/;].

Gamétes 

F1 

P/;S/ P/;f/ g/;f/ g/;S/
P/;S/

PP//SS  

 [P;S]

PP//Sf

 [P;S]

Pg//Sf  

 [P;S]

 

Pg//SS  

 [P;S]

 
P/;f/

PP//Sf  

 [P;S]

PP//ff  

 [P;f]

Pg//ff  

 [P;f]

 

Pg//Sf  

 [P;S]

g/;f/ Pg//Sf  

 [P;S]

Pg//ff  

 [P;f]

 

gg//ff  

 [g;f]

 

gg//Sf  

 [g;S]

 
g/;S/  Pg//SS  

 [P;S]

Pg//Sf  

 [P;S]

gg//Sf  

 [g;S]

gg//SS  

 [g;S] 

  En conclusion on a 2 phénotypes parentaux ( [P;S] et [g;f] ) et 2 phénotypes recombinés ( [P;f] et [g:S] ) et 9 génotypes dont 4 homozygotes ([PP//SS] - [PP//ff] - [gg//SS] - [gg//ff]) et 5 hétérozygotes: ([PP//Sf] - [gg//Sf] - [Pg//SS] - [Pg//Sf] - [Pg//ff]).

Le but de cette manipulation génétique est d'obtenir une tomate de saveur sucrée et de grosse taille donc de phénotype [g;S] ce qui correspond aux génotypes suivants: [gg//Sf] pour 2/3 et  [gg//SS] pour 1/3. On sélectionne ces génotypes comme semence F3.

                                             

2.Déshybridation d'un hybride naturel

il arrive parfois que les semences d'une variété bien déterminée donnent des plants totalement différents du standard, par exemple une variété coeur de boeuf rose va générer une variété de tomate ronde et rouge. Il y a eu un croisement naturel ( insecte ou autres) la semence initiale étant en fait une semence F1. La tomate ronde et rouge est dans ce cas la plante F1, les semences extraites de ce fruit vont générer des semences F2 à partir desquelles le processus de sélection va pouvoir se réaliser de même façon que pour la polinisation de deux variètés sélectionnées.

 

3.Déshybridation d'un hybride commercial

Idem qu'au dessus mais avec une varièté hybride du commerce,  mais l' intérêt reste à prouver.

 

Biblio: Semences Kokopelli ,de Guillaume Guillet. Wikipédia. Croquis réalisés, gracieusement, par  André Fage, aquarelliste ambertois.